Cinéphile m'était conté ...

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Océanie


Des enfances saccagées (Comme au cinéma)

Grande dame de la littérature néo-zélandaise depuis près de 40 ans, Fiona Kidman n'a été traduite que tardivement chez nous et la moitié de ses romans reste inédit en français, sans parler de ses recueils de nouvelles dont un seul est disponible. Sa maîtrise des courts formats marque d'ailleurs paradoxalement Comme au cinéma, une saga familiale scindée en 14 chapitres comme autant de balises temporelles entre 1950 et aujourd'hui. Le roman est chronologique mais sa linéarité n'est qu'apparente, le curseur se déplaçant d'un personnage à un autre, 3 soeurs et un frère, tout en réservant une place importante à différents protagonistes satellites des intrigues principales, entrelacées et interconnectées. Fiona Kidman a écrit là un roman exigeant, passionnant dans ce qu'il raconte de l'évolution des moeurs néo-zélandaises durant 6 décennies, mais qui n'est pas loin de nous perdre parfois dans des circonvolutions narratives complexes. Romancière féministe, Fiona Kidman trace plusieurs portraits d'héroïnes courageuses mais dont les existences ont bien du mal à se remettre du saccage de l'enfance. Mais Comme au cinéma est aussi un livre sur la résilience, le pardon et la survie. Intimiste et ancré dans un environnement social aux contours précis. Le roman possède une profondeur que l'on retrouve dans peu d'ouvrages actuels et davantage proche, si l'on voulait oser des références sans doute oiseuses, de certaines grandes oeuvres du XIXe siècle.

 

 

L'autrice :

 

Fiona Kidman est née le 26 mars 1940 à Hawera (Nouvelle-Zélande). Elle a publié 10 romans dont Le livre des secrets et Fille de l'air.

 


13/05/2019
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Tattoo compris (L'encre vive)

A la fin de L'encre vive, Fiona McGregor remercie notamment son ami Christos Tsiolkas. Cela n'est guère surprenant tant les deux écrivains possèdent à part égale cette capacité à pointer du doigt les dysfonctionnements de la famille et, plus largement, ceux d'une société australienne qu'ils ne ménagent guère. Il y a tout de même une différence dans le traitement : Tsiolkas est frontal et ravageur, McGregor plus douce et subtile, sans doute, mais le résultat est assez voisin. L'encre vive est le premier des 3 romans de Fiona McGregor à être traduit en français (chez Actes Sud), quelque 8 ans après sa sortie initiale. Pourquoi un tel délai ? Le roman-fleuve de l'auteure australienne est en effet de ces fresques qui procurent un plaisir intense, à travers des personnages fouillés auxquels on s'attache peu à peu malgré leurs failles. Fiona McGregor montre d'ailleurs une grande dextérité à passer d'un protagoniste à un autre sans perdre le fil d'une intrigue centrée principalement sur une héroïne, Marie, 59 ans, dont les séances chez une artiste tatoueuse vont lui ouvrir les portes d'une indépendance nouvelle assortie d'une sérénité bien méritée, au grand dam de ses deux fils et de sa fille qui ne comprennent absolument pas quelle mouche a piqué leur mère. Tattoo compris, L'encre vive est un roman qui prend son temps pour mieux nous envelopper de son humanité blessée dans un récit où l'ironie et l'humour parfois noir, se mêlent à la tendresse et à la mélancolie du temps qui passe et des rendez-vous manqués.

 

 

L'auteure :

 

Fiona McGregor est née en 1965 à Sydney. Elle a publié 3 romans.

 


08/04/2019
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La honte et la culpabilité (Au jardin des fugitifs)

Ceridwen Dovey doit-elle être considérée comme une romancière australienne ou sud-africaine ? Les deux puisqu'elle possède la double nationalité mais son histoire personnelle et celle, douloureuse, de son pays natal l'incitent plutôt à évoquer l'Afrique dans ses textes. On a découvert cette auteure avec son premier livre, Les liens du sang, très prenant, et après Animals la voici qui nous transporte Au jardin des fugitifs. Techniquement, il s'agit d'un roman épistolaire puisque les deux personnages principaux, qui ne se sont pas vus depuis 17 ans, communiquent par courriels : un mécène au crépuscule de sa vie et son ancienne protégée, désormais quadragénaire. L'un et l'autre vont se confier une histoire intime qui a bouleversé leur vie et s'est terminée par une mort ou une disparition. Ce qui est gênant dans Au jardin des fugitifs c'est que chacun des deux protagonistes se concentre sur son propre récit en réagissant peu ou prou à celui de son interlocuteur. Comme deux monologues qui suivent chacun leur sillon sans presque jamais se croiser et c'est évidemment frustrant. Il est question de Pompéi, d'une part, et du passé de l'Afrique du Sud, d'autre part. Ce n'est pas sans intérêt même si parfois dilué comme un documentaire trop détaillé et rehaussé par le style élégant de Ceridwen Dovey bien que parfois un tantinet précieux. La honte et la culpabilité étreignent les deux personnages principaux qui l'un et l'autre ont bien du mal avec l'indifférence de l'être qu'ils ont chéri. Beaucoup de lecteurs américains de l'ouvrage ont regretté leur manque de caractère et la difficulté d'éprouver de la sympathie à leur égard. La remarque est valable mais elle n'empêche pas d'apprécier, sans enthousiasme démesuré, toutefois, ce roman où Ceridwen Dovey réécrit vraisemblablement, et en partie, son histoire personnelle.

 

 

L'auteure :

 

Ceridwen Dovey est née le 1er janvier 1980 à Pietermaritzburg (Afrique du Sud). Elle a publié Les liens du sang et Animals.

 


22/02/2019
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Les affres du biographe fantôme (Première personne)

Après Désirer et surtout La route étroite vers le Nord lointain, pure merveille littéraire, les espérances étaient grandes pour le nouveau livre du plus célèbre auteur tasmanien, Richard Flanagan. La découverte du sujet de Première personne est déjà une relative surprise : l'histoire d'un apprenti écrivain, au début des années 90, incapable de terminer son premier roman et à qui on propose de servir de nègre pour les mémoires du plus grand escroc australien. Dans le même temps, notre homme est sur le point de devenir père de jumeaux alors qu'il a du mal à joindre les deux bouts. Renseignements pris, il semble que le sujet soit en partie inspiré par un travail similaire réalisé par Flanagan à la même époque alors qu'il n'avait encore que peu publié. Tout le livre ou presque décrit les affres d'un auteur débutant, peu sûr de son talent, confronté à un individu méfiant, fuyant et peu désireux de s'épancher et de raconter sa vie, ce qui est embêtant quand c'est le thème même du livre que vous êtes censé écrire. Ces tourments psychologiques de l'écrivain en devenir, qui découvre par ailleurs le monde impitoyable de l'édition et qui, en outre, sent son couple se déliter, sont contés de manière tellement détaillée que la lecture devient vite fastidieuse malgré la fluidité du style de Flanagan. Cela vaut quand même le coup de s'accrocher car un coup de théâtre relance quelque peu l'intérêt du roman, mais aux 2/3 du récit, tout de même. Rien de comparable donc aux précédents ouvrages de l'auteur tasmanien qui ici n'est pas loin de perdre le lecteur devant les angoisses et la solitude existentielle d'un biographe fantôme qui n'a rien à se mettre sous la plume.

 

L'auteur :

Richard Flanagan est né en 1961 à Longford (Australie). Il a publié 7 romans dont La fureur et l'ennui, Désirer et La route étroite vers le Nord lointain.

 


22/09/2018
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Nostalgie pour une époque défunte (Rocking Horse Road)

Christchurch, dans l'île du sud de la Nouvelle-Zélande, est la ville natale d'un auteur bien connu en nos contrées : Paul Cleave. Mais c'est aussi là-bas qu'a grandi Carl Nixon, qui écrit aussi des romans noirs mais très différents et beaucoup moins spectaculaires que son confrère. Après Sous la terre des maoris, Rocking Horse Road est le deuxième livre de Nixon à paraître en France, alors que sa première parution date de 2007. L'accroche du roman est directe : Eté 1980. Nouvelle-Zélande. Qui a tué Lucy Asher ? C'est en effet la question qui parcourt tout l'ouvrage et bouleverse la petite communauté du Spit, un quartier résidentiel au sud de Christchurch. Un endroit idéal pour situer un suspense, une bande de terre coincée entre l'océan et ses fureurs et un estuaire formé par la rencontre de deux rivières. Un lieu menacé de disparition qui, après 1980 et ce meurtre mystérieux ne sera plus jamais le même. Une affaire qui passionne le narrateur et sa petite bande de copains, que des garçons, des adolescents tellement épris de justice qu'ils vont mener leur enquête parallèle alors que les policiers piétinent. Ce sera même une obsession pour eux, alors qu'ils deviennent des hommes d'âge mûr et rangés, mais toujours habitués à se réunir plus de 25 ans après les faits et à chercher le coupable et à se remémorer une époque enfuie. A travers leur évolution, qui correspond à la perte de leur innocence et insouciance, Carl Nixon trace aussi celle d'un pays obligé contre son gré de s'ouvrir au tumulte du monde. Le livre raconte notamment comment en 1981 la tournée des Springboks, les rugbymen sud-africains, symboles de l'apartheid, divisa profondément la Nouvelle-Zélande. Plus qu'un roman noir à proprement parler, Rocking Horse Road est une chronique sociale subtile et profonde où les descriptions magnifiques de la nature alternent avec une analyse très fine des tourments de l'adolescence et de l'impossibilité de faire son deuil, non seulement vis-à-vis de la jeune fille assassinée mais aussi avec sa propre jeunesse disparue. L'écriture est ciselée, le récit mêle avec brio les temporalités et séduit par sa mélancolie intrinsèque. Un beau roman, contemplatif, nostalgique et amère, avare en péripéties, mais d'une grande justesse psychologique.

 

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L'auteur :

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Carl Nixon est né en 1967 à Christchurch (Nouvelle-Zélande). Il a écrit de nombreuses nouvelles et trois romans dont Sous la terre des Maoris.


30/07/2018
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Vie de chien (Le musée des avenirs possibles)

A Loving, Faithful Animal : tel est le titre du premier roman de l'australienne Josephine Rowe, connue jusqu'alors pour ses deux recueils de nouvelles. Le livre est devenu Le musée des avenirs possibles en français, publié par Actes Sud. Traduction étrange, ma foi, qui oublie la référence à l'animal en question, un chien recueilli par Jack, le personnage central du roman. La mort du premier va provoquer le départ du second, celui-ci abandonnant toute sa petite famille, dans un coin perdu d'Australie. Dans chacun des 6 chapitres, Jospehine Rowe va braquer le projecteur sur les proches de Jack, vétéran du Vietnam, sujet à la dépression et aux violences domestiques. Le livre est difficile, très noir, voire glauque, et se caractérise surtout par un style difficile à définir, réaliste et abstrait à la fois, avec des phrases qui n'aboutissent pas toujours et se voilent d'une poésie ardue, due sans doute au texte original, parait-il saturé d'argot australien. On a du mal à se passionner pour des personnages autant blessés par cette vie de chien et dont la psychologie semble parfois impénétrable. Un portrait de famille dysfonctionnelle, thème plutôt récurrent dans la littérature des Antipodes, mais dont on a beaucoup de difficulté à saisir toutes les nuances dans un livre construit davantage comme une suite de longues nouvelles que comme un véritable roman. Ceci dit, les lecteurs anglo-saxons ont en général plutôt aimé ce récit, alors ...

 

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L'auteure :

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Josephine Rowe est née en 1984 en Australie. Elle a publié deux recueils de nouvelles.


15/04/2018
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Capitaine Alzheimer (Ne fais confiance à personne)

Un personnage atteint d'Alzheimer, c'est du nanan pour un romancier comme l'a notamment démontré Martin Suter dans Small World. Avec le néo-zélandais Paul Cleave, l'on pouvait donc s'attendre à ce que Ne fais confiance à personne atteigne les sommets du vertige et, ma foi, il y parvient avec une virtuosité qui frise l'insolence. Son héros, atteint prématurément par la maladie (49 ans), qu'il surnomme Capitaine Alzheimer, est un écrivain de thrillers qui a passé son existence à imaginer les crimes les plus sordides. De là à s'accuser des assassinats qui figurent dans ses livres, dans ses mauvais jours, il n'y a qu'un pas. Et tout se complique quand il est fortement soupçonné de meurtres dans sa ville (Christchurch, évidemment) et même confiné dans une maison de santé pour celui de sa femme. De ce cerveau schizophrène et terriblement confus, Cleave ausculte les errements, les doutes et les moments de lucidité. Il alterne le présent et le passé proche quand l'écrivain rédigeait un carnet (ne lui parlez pas de journal intime, comme le font ses proches, gag récurrent). Tourne-pages redoutable, Ne fais confiance à personne est moins trash que certains de ses précédents ouvrages et s'amuse à dresser le portrait d'un auteur dont nombre de traits appartiennent à Cleave lui-même. On serait de sa famille, on ferait attention quand même ! Au-delà d'un suspense volontairement éventé longtemps avant le dénouement, le livre est assez précis sur le fonctionnement erratique de cette abominable maladie. Il n'en est pas moins hilarant à de très nombreuses reprises avec un humour noir qui n'appartient qu'à cet écrivain des antipodes assez unique en son genre.

 

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L'auteur :

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Paul Cleave est né le 10 décembre 1974 à Christchurch (Nouvelle-Zélande). Il a publié 8 romans dont Un employé modèle, La collection et Un prisonnier modèle.


27/12/2017
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Prisonnières dans l'outback (La nature des choses)

La nature des choses de Charlotte Wood n'a certainement pas vocation à faire l'unanimité auprès de ses lecteurs dont les avis ont d'ailleurs été très tranchés lors de sa parution originelle en langue anglaise. L'histoire peut se résumer en quelques mots : dix femmes se retrouvent prisonnières dans l'outback australien. Leurs geôliers les insultent, les punissent et les font durement travailler. Les vivres viennent à manquer ... Le livre a été présenté comme une dystopie, à la manière de Margaret Atwood, mais il semble également inspiré par des faits qui auraient eu lieu en Australie dans les années 70. Quoi qu'il en soit, Charlotte Wood ne nous donne que peu d'informations sur le passé de ces femmes qui paraissent surtout victimes d'une misogynie galopante. La nature des choses est une allégorie et il est vain d'attendre des éclaircissements susceptibles de nous éclairer sur les raisons de l'incarcération et de sa localisation. Si le roman isole souvent deux femmes en particulier, ni leur origine ni leur personnalité ne sont explicitées pour autant. En revanche, rien ne nous est épargné de leur déchéance physique et morale, l'une d'entre elles se retrouvant dans une sorte d'état animal. C'est un bouquin étrange que l'on pourrait penser féministe mais qui semble s'acharner sur ces prisonnières en décrivant leurs tortures ad nauseam. Par ailleurs, le style de Charlotte Wood tend parfois à un certain lyrisme, ce qui, vu la situation, provoque plutôt un malaise que l'admiration. Quant au dénouement, il est d'une frustration totale. La nature des choses ressemble à un cauchemar et ce n'est pas loin d'être vrai pour le lecteur lui-même. Globalement déplaisant et aux visées peu claires.

PS : Impossible de continuer à manger du lapin après avoir lu ce livre.

 

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L'auteure :

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Charlotte Wood est née en 1965 à Cooma (Australie). Elle a publié 5 romans.


19/08/2017
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Au-delà de la ligne jaune (Des dieux sans pitié)

Découvert en France avec une première traduction (La gifle), qui n'était d'ailleurs pas son premier livre, l'australien aux origines grecques Christos Tsiolkas frappait très fort avec cette satire iconoclaste d'une société australienne loin d'être aussi lisse et tolérante qu'il y paraissait. Depuis lors, ses romans successifs ont un peu déçu. On était curieux de le voir aborder le genre de la nouvelle avec Des dieux sans pitié annoncé par son éditeur comme interdit aux âmes sensibles (à raison d'ailleurs). D'une manière générale, les 15 récits qui composent le récit sont extrêmement bien construits avec des thèmes forts : la violence, la drogue, le sexe, le racisme, l'homophobie. Ses personnages sont australiens mais évoluent parfois à l'étranger et il en résulte un portrait collectif et une peinture sociale assez terribles et sans concession aucune. La première nouvelle, qui donne son titre au livre, est de loin la meilleure. Un jeu de société entre amis qui tourne au vinaigre en révélant la personnalité monstrueuse de l'un de ses participants. La cruauté et la crudité sont deux constantes des histoires de Tsiolkas qui semble à un moment dire au lecteur : "regarde jusqu'où je peux aller et attends, je peux faire encore plus fort." Les trois derniers récits de Des dieux sans pitié sont vraiment déplaisants, presque nauséeux. Tsiolkas est infiniment doué, son attirance pour la perversion et l'outrage dépassent malgré tout parfois la ligne jaune.

 

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L'auteur :

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Christos Tsiolkas est né en 1965 à Melbourne. Il s'est fait connaître en France avec La gifle. Ont suivi : Jesus Man et Barracuda.


30/05/2017
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Une figure de légende (Fille de l'air)

Quand elle est morte, un jour de novembre 1982, Jean Batten n'était plus depuis longtemps une héroïne de l'actualité. Depuis plus de 40 ans, elle n'exerçait d'ailleurs plus l'activité qui en avait fait l'une des stars des années 30 et, sans nul doute, la néo-zélandaise la plus connue et chérie de l'histoire, au temps de sa gloire. Mais, solitaire depuis des années, oubliée et anonyme, elle a fini dans une fosse commune de Palma de Majorque. Fin d'une vie qui s'est quasiment arrêtée avant l'âge de 30 ans, du jour où elle cessa de voler, pour des raisons plus ou moins obscures (et politiques en 1939). Jean Batten, telle que la ressuscité aujourd'hui sa compatriote Fiona Kidman, a été l'une des plus grandes pilotes des années 30, qui battait des records à tour de bras, entre les Iles britanniques et l'Australie ou l'Amérique du Sud et réunissait des foules énormes qui la vénéraient, et pas seulement en Nouvelle-Zélande. Son identité farouche, son refus des compromissions et sa fière indépendance lui avaient valu le surnom de "Garbo des cieux." Une appellation plutôt prémonitoire puisqu'elle termina son existence de la même façon, en recluse. Sa vie a été incroyablement romanesque et Fiona Kidman s'en empare en réussissant à adopter une juste distance. L'auteure est bien entendu du côté de son héroïne, avec une certaine bienveillance, mais elle n'a pas écrit une hagiographie pour autant. Non, elle enregistre tous ses doutes, ne manque pas d'évoquer son tempérament parfois glacial et l'utilisation de sa séduction naturelle pour obtenir des hommes ce qu'elle souhaitait : non pas un mariage mais des subsides pour financer ses vols, une entreprise très difficile dans le monde de l'aviation, peu ouvert aux femmes. Fille de l'air s'élève, c'est le cas de le dire, bien au-dessus des stéréotypes de la biographie historique, s'attardant sur l'enfance et l'adolescence de la native de Rotorua, laquelle aurait pu faire une très bonne concertiste, voire une excellente danseuse, si elle n'avait pas eu cette fascination pour la navigation aérienne. Et la romancière décrit avec brio la relation fusionnelle unit Jean et sa mère alors que le noyau familial se dissout très vite, entre un père volage et deux frères insaisissables. Avec un style limpide, un don inné pour les dialogues, un talent extraordinaire pour décrire les états d'âme de son personnage principal et un sens de l'humour percutant, Fiona Kidman rend hommage à une figure de légende dans un livre formidablement palpitant et documenté où les traversées aériennes, pour ne prendre que cet exemple, sont racontées avec une fluidité et une précision éclatantes. L'un des romans les plus brillants parus en France depuis de le début de l'année, sans l'ombre d'un doute.

 

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L'auteure :

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Fiona Kidman est née le 26 mars 1940 à Hawera (Nouvelle-Zélande). Parmi ses nombreux romans et recueils de nouvelles, 4 ont été traduits en français : Rescapée, Gare au feu, Le livre des secrets et Fille de l'air.


21/04/2017
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